• CARLO DE PASCALE

    Un Pistolet-Orignal, fourré bien comme il faut !

    Le pistolet ! Déjà, il a le charme de ces produits, de ces plats, de ces spécialités dont le nom ne révèle rien tout en disant tout.

    Oui, le pistolet est de cette race là, tout comme l’américain, pour rester en belgitude, ou encore le saint Honoré ou le Kugelhopf pour aller ailleurs; le pistolet, ce monument de belgobelgitude qui ne répondra jamais ni flamand ni wallon au grand recensement de qui est le wallon ou le flamand de service qu’un jour on nous fera peut être tous faire connectés à un détecteur de mensonges, le pistolet, commence par un mystère, celui de son nom.

    Pistolet, si tu permets que je te tutoies, pistolet mon ami, peu importe que ton nom évoque la pistole ou le pistor, d’abord, je veux te dire, arrête !

    Arrête de disparaître, réveille toi, bon Dieu, c’est quoi ce laisser aller qui t’a fait tout doucement déserter les tables du petit déjeuner du dimanche de nos riantes contrées au profit de viennoiseries toujours plus grasses et sucrées, subrepticement envoyées par des espions à la solde d’Outre Quiévrain afin de mener tout doucement notre pays vers la décadence de par la lenteur de la digestion qu’elles impliquent?

    Pistolet, reviens, reviens au matin, reviens à midi, et même le soir, tiens !

    Et ça revient très fort !

    Oui, grâce à Valérie Lepla, conceptrice, initiatrice, et pistoleteuse en cheffe chez Pistolet-Original et le boulanger Yves Guns – ça ne s’invente pas, un type qui s’appelle Guns comme dans Gun’s and Roses qui fait des pistolets – le pistolet, le vrai pistolet revient !

    Oui, ce magique petit pain dont la forme fendue évoque immédiatement la plus parfaite des paires de fesses alors que son volume, qui remplit parfaitement la main d’un honnête homme , est celui du sein nourricier idéal – ou ludique, le sein n’est pas toujours nourricier, mais je m’égare – le pistolet est une promesse de plaisir avant de donner du plaisir.

    A l’heure où le pain se doit de plus en plus d’être une nourriture diététiquement correcte, le pistolet est un iconoclaste. Sa mie doit être légère, elle n’est là que pour contraster sa croûte. Alors qu’un pain devrait durer trois jours, le pistolet joue la carte de l’éphèmère. Soufflé, aérien, croustillant, ses promesses ne durent que quelques heures.

    Le pistolet est prétexte, je m’explique : le pistolet est certes parfait quand l’artisan qui le crée a percé son secret, et Yves Weapons, pardon, Yves Guns, il a foutrement mis le doigt dessus, mais le pistolet commence à exister, quand il lui arrive le meilleur du meilleur, pardonnez-moi mais le pistolet doit être fourré, et bien fourré encore bien !

    Et là, Valérie Lepla, vous avez frappé fort. Vous avez recruté le meilleur du meilleur, en commençant par Yves Guns, vous avez attaqué ces pistolets par le milieu pour leur offrir la substantifique moelle de notre artisanat local.

    Haché, oui du haché de porc cru, mais non vous n’allez pas mourir du ténia constrictor ; américain à base de bonne viande rouge des Flandres de chez Hendrik Dierendonck, boudin blanc, gouda jeune, bloempanch , crevettes épluchées main, ou même juste beurre salé.

    Celui qui n’a pas mordu dans un pistolet tout frais, fourré d’américain cressonnette, en buvant une vraie gueuze de chez nous n’a qu’une connaissance très imparfaite du bonheur.

    Alors? Si pour nombre d’entre nous, et surtout toi qui a moins de vingt, si pour toi le pistolet ne veut plus dire grand chose, si donc pour certains, le cordon ombilical s’est rompu entre notre estomac, notre cerveau imaginaire et ce miracle à deux bosses qu’est le pistolet, ce n’est pas grave, il revient, et de bien belle manière, et surtout, il nous révèle une fois encore qu’il y a chez nous des hommes et des femmes qui n’ont pas fini de nous donner envie d’une fois bien manger.

    Carlo de Pascale

    Pistolet-Original

    Rue Joseph Stevens 24

    1000 Bruxelles

    Ouvert 7/7

  • Carlo de Pascale chroniqueur et chef gastronome